Chasse qui peut et billet en "je"...


C
hasse qui peut et billet en « je » … 

Tôt matin avec d’un côté bâton en main et de l’autre, clair dessein, pour une fois sans regimber, les bottines étaient motivées à suivre les babines. Avant-la-pluie-et-sans-parapluie, je pris vers l’arrière, direction belvédère.

Une idée saugrenue m’avait sortie du lit : aller à la rencontre de cette dinde ou de ce dindon sauvage, celle ou celui ayant laissé cette trace tridactyle clairement imprimée dans la neige lors d’une croisade à mi-hiver et près de laquelle j’étais repassée hier après-midi.

J’espérais secrètement, qu’en marchant nez en l’air, j’aurais peut-être la chance d’entrapercevoir son mordoré plumage, sa barbe ou son double menton. Mais comme de mémoire, je n’en avais jamais vu… me restait qu'à espérer hasard ou bonne fortune.

Le chemin serpentant la montagne était parsemé de rigoles trompeuses. L’eau se faufilant sous la neige, créait ainsi un vide à couvert fragile. La première défonce fut la pire : après cela, pied mouillé ou pas, je conservai d’emblée le cap projeté.

Le trajet me sembla plus court qu'en souvenir. Presque arrivée au deuxième verger, j’entendis des jappements. Je m’attendais à déranger quelque visiteur au sommet, mais je trouvai l’endroit désert, sans chien ni présence d’humain. 
 
Farce sans dindon…

Je pris le temps de croquer dans la nature morte. Puis j’entrepris de redescendre lentement, armée d’un deuxième bâton pour parfaire l’équilibre perturbé par les glissantes bottines d’été. 

Je longeai le réseau de vie reliant des centaines d’érables anoblis par leur tâche saisonnière. Je m’arrêtai à quelques reprises, pour écouter murmures de dégoulinades et sérénades de volatiles au bedon rond. La forêt couvait son printemps tranquillement, respectant le confinement.

Y’avait dans l’air, quelque chose de tellement serein, que j’en oubliai l’initial dessein…


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