Rencontre
Il portait un nom de fleur. Comme Laviolette, Larose, Latulipe. Il aurait même pu s’appeler Lafleur.
Peu importe.
Il s’était arrêté près d’un banc au bout du quai, de là où on pouvait observer les incessants va-et-vient du traversier Oka-Hudson. Il portait camisole échancrée d’un vert bouteille délavé et un bermuda flottant sur des mollets recouverts de bas de contention noir.
Ce que ça devait être chaud!
Il traficotait aux côtés de son rouge pur sang, indubitablement un vélo électrique. Je pris place sur le banc vacant voisin. Dès que j’eus retiré casque et gants, il engagea la conversation.
- Il fait beau hein?
- Oui, très beau.
- On est bien sur la piste. Elle est très ombragée.
- Oui et à cette heure, c’est encore confortable.
- Je m’appelle Jean-Paul Un Nom de fleur.
- D’où venez-vous Monsieur Un Nom de fleur?
- De Deux-Montagnes.
- Oh! Vous êtes bon!
- J’ai 79 ans.
- Eh bien, bravo!
Et Monsieur de continuer à enfiler les mots, sans pause ni arrêt. J’eus à peine le temps de photographier le traversier qui prenait le large, qu’il en était à me montrer sa trousse d’urgence : tube, pompe à cartouches, patch, clés hexagonales. « Ça vous prend ça! »
J’avais démontré intérêt; il en profita pour m’hameçonner et me tirer dans ses longues diatribes. Sur le chemin du retour, je dus me montrer ferme pour lui refuser l’arrêt près du petit lac pour « une autre petite jase ».
Un peu plus et… je me faisais un nouvel ami! 😉

Commentaires
Oh, que j'aurais plaisir à avoir une diatribe concernant sa trousse.
Pompe manuelle à la tubulure.