La force du langage
« … Elles étaient plusieurs à courir d’un bord à l’autre… gloussant, criant, se chamaillant. J’entendais leurs mots naître parfois en français, souvent en anglais et majoritairement en langue Anishnabe.
J’étais fascinée.
La vision de leurs déplacements restait vague. Était-ce un grand terrain extérieur? Les alentours d’un grand bâtiment? Faisait-il soleil ou était-ce jour d’averses?
Je ne savais plus dire.
Sous l’emprise de la facilité avec laquelle elles s’exprimaient (je dis « elles » parce qu’elles semblaient être majoritaires), je leur souriais à m’en faire sécher les dents. Je laissais fuser spontanément les « Wow! Bravo! Vous parlez trois langues! ». Elles me regardaient à peine. Je souffrais de leur ignorance totale. Mais…
Je restais sous le charme.
J’essayais en vain, de recréer la trame de fond. Celle qui trop souvent s’évapore, fond, se confond. Obscurité totale et pluie en bruit de fond.
(Encore le mot « fond » … C’est voulu…)
Je déambulais parmi elles. Les observais à la dérobée, tentant tant bien que mal, de m’en faire des alliées.
Comme désir inavoué. Comme manque à page d’histoire.
J’étais près d’elles. Toujours tout sourire. « Bravo, bravo! Vous êtes dont bien bonnes! »
Alors la plus petite d’entre elles, se tourna vers moi et leva son frêle bras. Dans un geste spontané, elle érigea son majeur, ses yeux plantés dans les miens… Brusque réveil… »
Vous venez de lire le récit du rêve qui hanta la fin de ma nuit passée…

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